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L'énigme du blanc
La photographie n'est-elle pas,
en son affirmation massive et impénétrable de l'indépassable
présence de la réalité, l'obstacle majeur sur
le chemin vers l'invisible ?
Chong Jae-Kyoo en déconstruisant avec la rigueur d'un insecte
la platitude du visible démontre à l'évidence le
contraire. C'est qu'il fait subir à la photographie l'outre majeur
: il la découpe en bandes, en tranches comme pour mieux faire
sentir qu'elle ne cache rien derrière elle.
Mais lorsqu'il entreprend de reconstituer ce que la pellicule a retenu,
tout vacille. Nous ne savons plus si nous sommes face à une image
ou à la ruine annoncée de la réalité, entendons
face à son mystère.
Bien avant de découper l'image, Chong Jae-Kyoo a piégé les
lieux de plaques de verre ou traqué la lumière dans sa
nudité, mais c'est en photographiant de derrière la Sainte
Victoire chère à Cézanne qu'il a compris que le
visible occultait non tant l'invisible que le visible et que donc c'était
en cherchant à montrer dans le visible son autre face que l'on
pouvait rendre compte de l'invisible.
La rencontre avec le blanc, c'est autre de l'image était donc
inévitable. Dans la découpe de l'image était devenu
sensible l'écart entre deux instants, par la découpe réorganisée
pour produire en plus de l'image une forme géométrique,
l'image devait abandonner sa prééminence au profit de réserves,
de masses de blanc qui affirmaient ainsi que les marges avaient envahi
le cur du visible.
Avec le blanc, c'est le temps, cur nié de toute photographie
qui revient donc dans les uvres de Chong Jae-Kyoo. Ainsi ces agencements,
proches en esprit du minimalisme et du suprématisme, rendent à l'image
un peu de son originel mystère en faisant de ce blanc pur comme
le temps l'insigne de l'universel.
Jean-Louis Poitevin, Paris 1994
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