« Les Ambassadeurs »

Talbotype

Entre le connu et l'inconnu, il y a les limbes.
Zone de rencontres improbables,
mal répertoriée,
où les limites ne sont plus sûres,
où les valeurs essentielles deviennent superflues,
où l'essence semble poindre derrière l'apparence.
C'est dans ces franges, sur les flux photoniques,
qu'évolue le vaisseau des « Correspondances ».
Aux « Nus » et aux « Vanités », charpente et mâture du navire,
se joint l'équipage des « Ambassadeurs »
dont les visages et les corps ne sont pas moins elliptiques
et symboliques,
trouvant la mort dans la matière même qui les a fait naître.
A cette union de Thanatos et d' Eros sur le papier,
répond comme en écho,
une rencontre entre le passé et le présent :
chaque nouvel arrivant apparaît
grâce à des procédés vieux de cent cinquante ans,
et neuf cents secondes de pose.
Sans le savoir et sans cesser d'exister dans son monde,
le nouveau gabier va rejoindre, par quelques
opérations magiques et alchimiques
de lumière et d'obscure,
de passage à travers le miroir
grâce à des potions de Lune Cornée ou de vinaigre des ascètes,
le registre des spectres évanescents des « Ambassadeurs ».
Ce sont ces apparitions fantomatiques,
cet inattendu venu de l'au-delà de la pellicule
que capturent ces calotypes.
Car apparaître, c'est laisser la forme disparaître sous
sa correspondance,
comme en ambassade d'un monde à l'autre.

Martial Verdier

Extrait du catalogue de l’exposition « Hélios », Maison de la Culture de Bourges 1995